February 4, 2026

Logement et mobilité au cœur de l’élection montréalaise

Author
Dominique Boulet

Ces dernières semaines ont été particulièrement animées pour celles et ceux qui réfléchissent à la manière dont les villes se développent et se déplacent. Kevin Manaugh et David Wachsmuth, cofondateurs de Curbcut, ont multiplié les interventions médiatiques afin de partager leur expertise sur deux des principaux enjeux de l’élection montréalaise : le logement et le transport.

Ce qui est encourageant, c’est que ces discussions ne se limitent plus aux cercles universitaires ou aux milieux spécialisés en politiques publiques : elles occupent désormais l’espace public. Les mêmes questions débattues depuis longtemps dans les réseaux de recherche et les forums communautaires — comment construire suffisamment de logements sans sacrifier les espaces verts, comment rendre nos rues plus durables sans accentuer les inégalités sociales — sont aujourd’hui au cœur du débat municipal.

Le dilemme du logement

À l’échelle de la région, des dossiers comme celui de la forêt Fairview à Pointe-Claire illustrent parfaitement cette tension. La population souhaite davantage de logements, mais aussi des espaces verts, des quartiers agréables à vivre et une réelle participation aux décisions sur ce qui sera construit.

Dans une entrevue récente à CBC News, Kevin décrivait cette tension comme étant, à bien des égards, « le prix (et le privilège) de la démocratie ». Le défi, expliquait-il, tient au fait que les besoins en logement sont urgents, alors que nos processus décisionnels avancent souvent beaucoup plus lentement.

Comme il le résumait : « Nous voulons des parcs, des espaces ouverts, des zones commerciales, des forêts, des berges — et nous avons besoin de logements. » Partout au Canada, les communautés tentent d’équilibrer cette phrase, en conciliant durabilité à long terme et impératifs à court terme.

Les locations à court terme (LCT), comme les Airbnb, ajoutent une couche supplémentaire aux défis montréalais en matière de logement. Alors que l’administration de Projet Montréal applique actuellement une interdiction hivernale, Ensemble Montréal propose de la lever et d’embaucher davantage d’inspecteur·rice·s pour repérer les annonces illégales. Comme l’a souligné David à CBC News, « avoir plus d’inspecteurs aiderait, mais cela reviendrait à résoudre un problème qu’ils ont eux-mêmes créé », puisque toute annonce publiée durant l’interdiction est déjà illégale.

Dans une autre entrevue accordée à The Gazette sur le même sujet, David rappelait que les nouvelles réglementations devraient avoir le temps de produire leurs effets : « Assouplir les règles à ce stade serait une décision très étrange si l’on souhaite maintenir l’abordabilité du logement à Montréal. »

Intégrer des perspectives fondées sur la recherche dans ces discussions publiques permet de clarifier les enjeux — non seulement ce qui est politiquement opportun, mais aussi ce qui est structurellement possible.

Les pistes cyclables et le stationnement : au-delà des symboles

Parallèlement, les débats autour du réseau cyclable montréalais sont devenus une sorte de raccourci pour des questions plus larges : à qui appartient l’espace public ? Les manchettes sur « trop de pistes cyclables » ou la « perte de stationnement » occultent souvent une réalité plus profonde : partout, les villes apprennent à partager un espace limité de manière plus saine, plus équitable et moins polluante.

Dans La Presse, Le Devoir et à l’émission CBC Radio Noon, Kevin a rappelé que « si nous voulons des villes plus saines, plus heureuses et moins polluantes, nous devons faire des choix difficiles pour développer les pistes cyclables — même si cela signifie parfois retirer des places de stationnement automobile ».

Que ces discussions aient lieu dans les médias est particulièrement important en contexte électoral. Introduire des idées issues de la recherche dans le débat public rappelle que ces enjeux ne sont pas isolés les uns des autres et peut contribuer à éclairer non seulement les électeur·rice·s, mais plus largement la manière dont les villes envisagent le changement.

Au-delà du cycle électoral

Les élections ont tendance à réduire les grandes questions à des slogans de court terme. Pourtant, comme Kevin et David l’ont souligné, le logement et le transport ne sont pas des enjeux distincts — ils sont profondément liés. L’endroit où nous construisons détermine notre façon de nous déplacer. Et notre façon de nous déplacer influence les lieux où nous pouvons nous permettre d’habiter.

Qu’il s’agisse d’un débat sur une forêt, d’une nouvelle tour résidentielle près d’une station de transport collectif ou de quelques cases de stationnement sur une rue achalandée, il s’agit toujours de la même question : comment Montréal peut-elle croître de manière équitable, durable et en s’appuyant sur ce que la recherche démontre comme étant efficace ?

La question est désormais de savoir comment transformer cette mobilisation publique en changements durables et réfléchis.

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